Atelier Mots’Art n°5: Le Caviardage

Atelier Mots’Art n°5: quand le caviardage révèle les traces de nos vies

Le 12 mai 2026, les participants de l’atelier Mots’Art se sont réunis pour une cinquième séance placée sous le signe du caviardage poétique. Une pratique créative qui consiste à faire émerger un nouveau texte en sélectionnant certains mots d’une page et en masquant tous les autres. Derrière cette technique simple se cache une invitation à explorer ce que nous laissons derrière nous : souvenirs, liens, lieux de vie et traces invisibles.

Réfléchir aux espaces traversés

L’atelier a débuté par une réflexion collective autour des chemins que chacun emprunte au cours de son existence. Nous habitons des lieux, créons des relations, fondons parfois une famille ou construisons des amitiés durables. Certains vivent toute leur vie au même endroit, d’autres poursuivent leur route loin de leur lieu d’origine. Ces parcours dessinent autant de sillons dans le temps et dans l’espace.

Pour aborder cette thématique, le groupe s’est inspiré du caviardage, une forme de création littéraire qui transforme des textes existants en poèmes inattendus.

De la censure à la poésie

Les participants ont découvert l’origine surprenante du caviardage. La technique trouve ses racines dans la censure pratiquée en Russie au début du XXe siècle, lorsque certaines parties d’articles étaient recouvertes d’encre noire pour les rendre illisibles. Ce procédé, appelé « passer au caviar », a ensuite été détourné par des artistes et des poètes pour créer de nouvelles œuvres à partir de textes existants.

L’atelier s’est également nourri d’une citation de l’écrivain Georges Perec :
« Écrire : essayer méticuleusement de retenir quelque chose, de faire survivre quelque chose. »
Une phrase qui résonne particulièrement avec la démarche du jour : laisser une trace, préserver un fragment de vie, transformer le quotidien en création.

Faire ses courses dans le supermarché de l’imaginaire

Romans, recueils de poésie, manuels scolaires : les livres mis à disposition sont devenus un véritable « supermarché de l’imaginaire ». Chacun a parcouru les pages à la recherche de mots qui lui parlaient.

La règle était simple : respecter l’ordre de lecture du texte original tout en sélectionnant les mots qui allaient composer une nouvelle phrase. Le reste du texte était ensuite recouvert à l’aide de marqueurs colorés, laissant apparaître des fragments poétiques parfois mystérieux, parfois très personnels.

L’écriture effervescente : un voyage à partir du mot « espace »

Avant de poursuivre l’écriture, le groupe a expérimenté une autre méthode créative : l’écriture effervescente. À partir du mot ESPACE, les participants ont imaginé des mots associés, puis d’autres encore à partir de ceux-ci.

Peu à peu, une constellation d’idées est apparue : éternité, temps, conscience, joie, santé, philosophie, espoir, création ou encore infini. Cette carte mentale collective est devenue une source d’inspiration pour les textes à venir.

Des créations sensibles et singulières

Les poèmes nés de l’atelier témoignent de la diversité des regards et des sensibilités présentes.

Sarah célèbre la beauté de la vie, la santé, l’amitié et les paysages qui nous entourent. Valérie évoque l’accompagnement, l’apprentissage et l’importance d’aider les autres à trouver leur chemin. Jean-François questionne notre époque et imagine un ailleurs plus proche de la nature et de l’essentiel.

Kaïss réfléchit à l’héritage que nous laissons après notre passage, tandis que Patricia explore la richesse des langues et leur pouvoir de traverser le temps. Vinciane se projette dans l’infini, entre astéroïdes et éternité, alors qu’Antoine raconte une aventure fantastique peuplée de chats, d’espoir et d’espace.

Enfin, Mona rend hommage à un mûrier symbole de stabilité et d’attachement, tandis que Pascale imagine un personnage à la « main jaune », philosophe rêveur porté par un amour infini.

Créer des traces par les mots

Au fil des exercices, le caviardage s’est révélé bien plus qu’une technique artistique. Il a permis aux participants de s’approprier des textes existants pour raconter leur propre histoire, exprimer leurs préoccupations, leurs rêves et leurs souvenirs.

En choisissant quelques mots parmi des centaines d’autres, chacun a laissé une trace unique. Une manière poétique de rappeler que nos vies, comme les textes, sont faites de fragments qui prennent sens lorsqu’on les relie entre eux.

L’atelier Mots’Art continue ainsi d’explorer le pouvoir des mots : celui de créer, de transmettre et de faire survivre ce qui compte.